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ARMENIE
La chronologie des événements du week-end dernier

Publié sur http://armenews.com le 4 mars 2008 par Stéphane/armenews



La nuit de vendredi à samedi

Dans la matinée de samedi, vers 6h45 (heure locale) les troupes policières anti-émeutes ont encerclé les quelque 1500 personnes qui venaient de passer la nuit dans le camp de tentes dressé sur la Place de la Liberté et ont procédé à leur dispersion à l’aide de matraques. L’opération n’a duré que 15 à 20 minutes, la place étant ensuite bouclée par des policiers. Le Ministère de la Santé a fait état de 31 blessés, des rumeurs font état de trois morts, dont un enfant de 12 ans. Ces rumeurs ne sont toujours pas confirmées par la police. Lévon Ter-Petrossian a été emmené chez lui par les agents du service de Protection d’Etat qui assurent sa sécurité. Trois heures après cette opération, Ter-Petrossian a convoqué chez lui une conférence de presse pour énoncer en détail les événements de la nuit passée et dénoncer son « assignation à résidence ». Ter-Petrossian a indiqué qu’il dormait dans une voiture lorsqu’il a reçu un appel que la police s’approchait. Quelques minutes plus tard, l’assaut a été lancé contre les manifestants. « Si nous avions su que cela se produirait, nous aurions laissé les femmes et les enfants partir. Mais on ne nous a adressé aucun avertissement ». Ter-Petrossian a affirmé que le chef du service de Protection d’Etat, Gricha Sarkissian, lui a tordu les bras et l’a installé de force dans une voiture afin de le conduire à son domicile. « Assigné à résidence », il lui aurait été interdit de sortir de chez lui. Il a estimé que suite à l’assaut il y aurait une centaine de blessés et indiqué qu’on lui aurait dit que les policiers anti-émeutes parlaient le dialecte karabaghtsi. Il a cependant refusé de confirmer, faute de preuves, que les troupes auraient été transportées du HK. Ter-Petrossian a par ailleurs promis de poursuivre son combat « jusqu’à la chute de ce régime » et d’agir dans le cadre de la loi. Il a relevé qu’il demanderait l’autorisation de manifester à la mairie « tant qu’un état d’urgence n’aura pas été introduit ». Le cas échéant, des manifestations pourraient être organisées dans les villes proches d’Erevan. Il a accusé les autorités d’avoir leurré la communauté internationale et le peuple arménien en donnant de fausses promesses sur la non-utilisation de la force. Ter-Petrossian s’est dit informé que deux jours avant, Robert Kotcharian aurait assuré Vladimir Poutine, lors d’une conversation téléphonique, qu’en aucun cas la force ne serait utilisée à l’encontre des manifestants. Par ailleurs il aurait assuré son homologue russe qu’il avait entamé des négociations directes avec Ter-Petrossian... L’ex-Président a indiqué qu’il ne comprendrait pas le silence de la communauté internationale face à cet usage de la force contre des manifestants pacifiques. Le ministère des AE a récusé l’idée d’une assignation à résidence et assuré qu’il fait simplement l’objet de mesures exceptionnelles de protection inhérentes à son statut d’ancien chef de l’Etat, la législation arménienne ne prévoyant pas d’assignation à résidence.

La police a présenté son propre scénario des événements. Le porte-parole de la Police, Sayat Chirinian, a affirmé que « vendredi 29 février, la Police, comme le service de sécurité nationale ont reçu des informations selon lesquelles des armes devaient être distribuées aux manifestants et que le 1er mars ceux-ci allaient organiser des troubles massifs. Les policiers se sont approchés de la foule afin de fouiller le terrain et de confisquer les munitions, mais ils ont été attaqués par les manifestants à coups de pierres et de barres métalliques ». Le porte-parole a ensuite énuméré la liste de munitions qui auraient été saisies sur la place de la Liberté après l’évacuation des manifestants, parmi lesquelles des pistolets, des fusils, des grenades... etc, mais aussi des substances psychotropes.

Journée du 1er mars

Quelques heures après l’intervention des troupes anti-émeutes, vers 11h du matin, alors que Ter-Petrossian donnait sa conférence de presse, une foule de manifestants (initialement 2000, puis 5000 et finalement 7 000) a commencé à se rassembler sur le boulevard Grigor Loussavoritch, aux abords des Ambassades de France et d’Italie, à quelques mètres de la mairie d’Erevan et de l’Ambassade de Russie. Indignés par les événements de la nuit précédente, les manifestants réclamaient la libération de leur leader Lévon Ter-Petrossian et son retour parmi eux. Les manifestants rassemblés autour de l’Ambassade de France ont arrêté un camion évacuant les tentes et les matelas des manifestants délogés le matin même et ont renversé son contenu, puis se sont mis aussi à arrêter des autobus. Ils ont commencé à dresser des barricades avec ces autobus, des voitures et des bancs arrachés au jardin qui jouxte l’Ambassade d’Italie. Vers 15h une foule de manifestants a tenté d’envahir les locaux de la mairie. Les forces anti-émeutes ont reçu l’ordre de se replier. Un député du parti « Héritage », Armen Martirossian, a été poignardé au moment où il a essayé de sauver un policier que quelques jeunes gens tabassaient. Hospitalisé, il s’est dit intimement convaincu à Radio Liberté que les agresseurs n’étaient pas des manifestants, mais des provocateurs. La foule s’est davantage affolée lorsqu’une voiture de police a renversé une femme. Les manifestants ont aussitôt brûlé la voiture à proximité de l’Ambassade de France lorsque le conducteur a tenté de s’échapper. Entre temps, les policiers avaient bloqué les locaux de la chaîne privée d’antenne A1+, actuellement transformée en agence de presse. Une explosion a détruit des boutiques appartenant à l’homme d’affaires Khatchadour Soukiassian, proche de Ter-Petrossian, non loin de l’endroit où se produisaient les événements. Selon la version officielle, une fuite de gaz aurait été à l’origine de l’explosion.

Vers 20h les forces anti-émeutes ont commencé à s’avancer en direction de la foule, barricadée derrière les bus. Les premiers affrontements graves ont éclaté aux carrefours des artères Loussavoritch et Machtots. Equipés de barres de fer, de cocktails Molotov et de pavés, certains manifestants ont fait reculer les policiers qui ont lancé des gaz lacrymogènes. La foule réclamait toujours la libération de Ter-Petrossian.

A 22h30 les chaînes de télévision ont fait état de la décision du Président Kotcharian, après consultations avec le Président de l’AN et le PM, de décréter l’état d’urgence dans la ville d’Erevan à partir du 1er mars pour un délai de 20 jours, ce qui signifie l’interdiction de réunions, rassemblements, marches et autres manifestations de masse ; interdiction de grèves ; en cas de nécessité, restriction de déplacement et de circulation des moyens de transports et contrôles ; publication d’informations uniquement sur la base des informations officielles ; interdiction de toute information politique sans autorisation officielle ; suspension temporaire des activités des partis politiques et autres organisations sociales ; renvoi des personnes qui violeraient les dispositions de l’état d’urgence vers leur lieu de résidence.

En dépit de l’état d’urgence, les affrontements entre manifestants et les troupes anti-émeutes se poursuivaient toujours à minuit. Des scènes de pillage et de vandalisme se sont produites. Les policiers avaient, quant à eux, complètement disparu des avenues sur lesquelles les désordres se produisaient. Dans un message lu par l’un de ses proches, Ter-Petrossian a demandé aux opposants de rester chez eux pendant les vingt jours que doit durer l’état d’urgence. « Je ne veux pas de victimes ni d’affrontements entre la police et des innocents. C’est pourquoi je vous demande de partir », a-t-il appelé depuis sa résidence. La foule s’est finalement dispersée entre 2h30 et 4h du matin...

Après avoir décrété l’état d’urgence, le Président Kotcharian a convoqué une conférence de presse pour expliquer sa décision. Il a déclaré qu’après avoir été chassé de la place de la Liberté, des manifestants se sont déplacés dans d’autres secteurs d’Erevan et sont allés au-delà de la simple manifestation politique. « Ils ont commencé à voler et détruire des propriétés de l’état et de personnes privées. Mais la chose la plus atroce est qu’ils ont employé des armes contre des policiers. Ils ont tiré sur des véhicules de police mettant ainsi en danger les vies de gens innocents. 8 policiers ont été blessés, dont l’un grièvement ». C’est après constatation que les émeutiers tiraient sur des policiers que le chef de l’Etat a décidé d’imposer l’état d’urgence et de déployer des forces armées. Selon Robert Kotcharian, Levon Ter-Petrossian et son entourage « ont été dépassés » par l’acceptation de certains candidats de l’opposition de rejoindre le président nouvellement élu au sein d’une coalition. « Cet affaiblissement de la protestation a poussé le camp de Levon Ter-Petrossian à la provocation », a expliqué le président arménien. « Certainement, parmi son électorat il y a des gens qui l’ont rejoint pour des raisons idéologiques, mais il y a aussi des gens qui sont prêts à tout, y compris à voler et tirer sur des policiers », a déclaré Robert Kocharian. Il a aussi estimé que les organisateurs des désordres seront sévèrement punis. Le président a toutefois considéré comme inopportun d’imposer un couvre-feu dans la ville ayant une population de plus d’un million de personnes. « Nous avons pris des mesures pour que les citoyens qui n’ont pas participé aux désordres aient le moins d’ennuis possibles », a-t-il conclu.

Selon le Ministère de la Santé, au total, 131 personnes ont été blessées dont 59 civils et 72 policiers, 8 personnes dont 7 civils et un policier ont succombé à leurs blessures. D’après un communiqué du parquet général, une quinzaine d’opposants ont été arrêtés pour « incitation à la rébellion ».

D’après le parquet général, au total 36 véhicules, dont 13 voitures de police, 3 bus, 13 voitures privées, 3 trolley-bus et 4 minibus ont brûlé.

Le porte-parole de Ter-Petrossian, Arman Moussinian a déclaré à RFE/RL que « le pouvoir est entièrement responsable de ces affrontements. Pour que la situation se règle pacifiquement, il fallait que Lévon Ter-Petrossian puisse aller parler à ses partisans. Neuf jours de suite les manifestations ont été pacifiques, la responsabilité de tous les événements incombant aux autorités qui ont fait usage de la force à l’encontre de manifestants pacifiques ».

Journée du 2 mars

Le matin du 2 mars, une partie d’Erevan, victime de vandalisme, ressemblait, selon les chaînes de télévision, à un « champ de bataille ». Les chaînes ont montré des images de magasins pillés sur l’avenue Machtots et Prochian, de dizaines de voitures incendiées... La capitale est placée sous la surveillance de l’armée et de troupes policières, et des transports blindés. Les principales artères sont fermées à la circulation.

Le chef d’Etat major des forces armées, Seyran Ohanian, a déclaré dans un message télévisé que « toute manifestation sera sévèrement réprimée après l’instauration de l’état d’urgence, suite aux affrontements de samedi entre opposants et policiers. Toute tentative de participer à des rassemblements, même les plus restreints, recevra une réponse sévère. Cela vise à maintenir la stabilité du pays et la sécurité de la société ». Par ailleurs, les appels au calme de la communauté internationale se sont multipliés dimanche. Le Conseil de l’Europe a jugé que l’état d’urgence était un « obstacle au dialogue politique ». La présidence finlandaise de l’OSCE a de son côté annoncé l’envoi en Arménie d’un médiateur pour amener les deux parties à la table des négociations. Le Département d’Etat américain a demandé au gouvernement arménien et aux leaders de l’opposition de résoudre rapidement la crise. « Les deux parties sont chargées de rétablir l’ordre et d’initier un dialogue politique. Toute nouvelle action de violence doit être empêchée ». Le département d’Etat a exprimé l’espoir que l’état d’urgence sera levé le plus rapidement possible.

Le service de presse du Gouvernement arménien a fait état de l’entretien téléphonique du PM Serge Sarkissian avec le sous-secrétaire d’Etat Dan Fried et son adjoint Matt Bryza. Le PM arménien a assuré M. Fried que « le gouvernement de l’Arménie faisait tous les efforts pour éviter les violences et rétablir l’ordre ».

Le Président Kotcharian, accompagné du Ministre de la Santé Haroutioun Kouchkian et du chef de la Police, le général Hayk Haroutiounian, a visité un hôpital militaire pour s’informer de l’état physique des policiers blessés.

Ambassade de France en Arménie

Service de presse